Interview du Président du Comité européen des Régions, Markku Markkula
Markku Markkula

Vous venez d'être élu à la présidence du Comité européen des régions. Le public français aimerait mieux vous connaître. Quel est votre parcours ?

Après avoir été député au Parlement finlandais, je suis engagé au niveau local dans ma ville d'Espoo, deuxième grande ville de Finlande, où je suis président du conseil pour la planification urbaine et conseiller municipal.

C'est une fierté que d'être le premier Scandinave élu à la tête du Comité des régions. Car j'aime ma région d'Helsinki ainsi que le nord de la Finlande, la Laponie, où je suis né. Le territoire finlandais est loin du centre de l'Europe et proche des frontières extérieures de l'Union européenne. Le pays souffre de certains handicaps territoriaux, dont sa faible densité de population et son éloignement. Je suis donc tout particulièrement sensibilisé aux questions de cohésion territoriale, économique et sociale au sein de l'UE. 

Je travaille par ailleurs comme conseiller au Président à l'université Aalto à Espoo dans le domaine des affaires politiques européennes en matière de recherche, d'innovation et d'éducation. Je suis de ceux qui croient dans le capital humain, la richesse du potentiel des différentes générations et dans les possibilités considérables que leur offre l'Union européenne d'apprendre tout au long de leur vie.

Quel est le rôle du CdR dans la construction européenne ? 

Le Comité européen des régions a été créé dans la foulée du Traité de Maastricht en 1994 pour assurer la proximité de l'Union européenne avec les territoires. Afin d'incarner cette "Europe concrète", il rassemble 350 élus locaux et régionaux des pays membres de l'Union européenne et permet ainsi aux collectivités territoriales d'Europe (les régions, les départements et les villes en France par exemple) de faire entendre directement leur voix au sein de l'UE. 

En vingt ans, le rôle du Comité s'est progressivement renforcé, passant de celui d'un organe consulté par le législateur européen à celui de garant des intérêts des collectivités territoriales dans l'adoption d'une grande partie des décisions européennes - dont, faut-il le rappeler, près 70% sont appliquées directement par ces mêmes collectivités.

J'aime à dire que le Comité contribue en quelque sorte à "dé-technocratiser" Bruxelles, en proposant une approche toujours plus territoriale des politiques, proche des citoyens et se positionnant au plus près des réalités locales.

Quelles priorités avez-vous pour le Comité ?

 La création de croissance et d'emploi grâce à la pleine implication des régions et des villes d'Europe sera au coeur de mon mandat. Nous devons bâtir un partenariat entre les secteurs public et privé afin de soutenir nos territoires sur le chemin d'une croissance intelligente et de redonner des perspectives d'avenir à notre jeune génération qui lutte sur le marché de l'emploi. Laissez-moi souligner aussi l'importance que j'attache, aussi en tant que Finlandais, au rôle que l'innovation sociétale et industrielle et l'esprit d'entreprise doivent jouer dans la relance de la croissance. Ils constituent des éléments essentiels du paquet d'investissement de 315 milliards d'euros lancé par la Commission européenne. Nous travaillerons en ce sens avec la Commission et la Banque européenne d'investissement. 

Il nous faudra bientôt également proposer notre vision d'une politique régionale et de cohésion de l'UE novatrice, à même de créer des emplois, de relever les défis régionaux et mondiaux, et de combler les écarts de développement entre les régions, qui continuent malheureusement à se creuser. Nous continuerons bien sûr à nous exprimer sur les principaux domaines dans lesquels l'UE est appelée à agir: de l'accord de commerce avec les Etats-Unis à l'énergie, en passant par la stratégie numérique, le changement climatique, le marché intérieur et le soutien aux PME.

Je souhaite aussi approfondir notre engagement pour mettre en oeuvre la démocratie locale et la décentralisation, en tant que vecteurs de développement territorial et de stabilité, tant dans les pays d'Europe orientale que chez nos voisins méditerranéens. Nous continuerons en particulier de coopérer avec nos amis ukrainiens pour donner un avenir européen à leur pays.

Le point de vue des régions n'est pas assez entendu. Est-ce à cause de la multiplication des associations de régions ou de la composition du CdR ?

Bruxelles compte en effet plus de 300 bureaux de représentation des autorités locales et régionales européennes auprès de l'UE et un certain nombres de réseaux d'autorités territoriales défendant des intérêts plus sectoriels. Le Comité des régions est le seul organe reconnu par les traités européens comme le représentant institutionnalisé des autorités territoriales au sein du système de décision de l'UE. C'est le seul organe que la Commission et le Parlement européen ont l'obligation de consulter sur les initiatives et les propositions législatives ayant un impact sur les territoires. 

La composition du Comité reflète quant à elle la diversité des territoires et des gouvernements locaux dans l'UE. Nous avons des membres qui sont maires de petites communes, des membres de conseils de provinces ou de comtés, mais aussi des présidents de régions et des représentants de régions ayant des compétences législatives. 

Après plusieurs années en tant que membre actif au Comité des régions, je dirais que le point de vue des régions est au contraire de plus en plus pris en compte par nos partenaires institutionnels européens. 

Le Comité des régions a ainsi obtenu de haute lutte que la politique régionale européenne, formidable vecteur de relance du développement territorial en Europe, dispose de plus du tiers du budget européen et puisse bénéficier à toutes les régions, notamment en poussant à la création de la catégorie des régions dites "en transition". Nous avons relayé avec succès les préoccupations des régions pour assurer une politique agricole commune plus en phase avec l'équilibre des territoires. Nous portons également la voix des collectivités locales dans les négociations sur un nouvel accord mondial pour lutter contre le changement climatique. 

Au fil des années, le CdR est ainsi devenu un maillon démocratique du fonctionnement de l'UE et un échelon d'expertise apprécié par les collectivités territoriales, assurant par là-même que le point de vue des régions soit effectivement entendu à Bruxelles.

Entretien avec Jean-François Puech directeur de la rédaction NEWS Press

Source: AFP

Informaţii pe această temă